Réglementation

Quelles sécurités pour demain ?

Dans un discours récent à l’École Militaire (lieu sacralisé pour former nos futures intelligences et forces économiques), le Ministre de l’Intérieur levait un pan de voile sur la sécurité au quotidien, qui n’est pas la « tranquillité publique » ni la « police de proximité » déjà connues.

Les experts français s’entendent pour dire qu’il ne s’agit pas d’un énième « ré-habillage » de l’existant. Nous sommes peut-être aujourd’hui dans une phase de réflexion politique, ouverte à l’innovation. Spécialistes de nos branches, sociologues, cabinets politiques ou administratifs, tous réfléchissent à une police « déconcentrée », plus sensible aux réalités locales et amenée à une relation nouvelle aux grands territoriaux que sont les Maires et Élus sécuritaires. On ne serait pas loin des modèles anglais ou nord-américains (que vous connaissez plus ou moins selon votre appétit de « séries policières »). La situation belge est comparable lorsqu’on sait le pouvoir, par exemple, des commissaires d’arrondissements bruxellois :

« Nommé par le gouvernement régional (wallon ou flamand) en concertation avec le gouvernement fédéral, le commissaire d’arrondissement est spécialement chargé, sous la direction du gouverneur (dont il est l’adjoint direct), de veiller au respect des lois et des règlements d’administration générale. Il a des prérogatives similaires à celles du gouverneur en matière de maintien de l’ordre et est officier de police administrative. Autrement dit: l’élu désigne son policier; celui-ci détient des pouvoirs d’élu.

Dans l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale, la plupart des tâches qui incombaient précédemment au gouverneur font partie, depuis le 1er juillet 2014, des tâches du ministre-président du gouvernement bruxellois. Ce dernier assure notamment le maintien de l’ordre et la coordination de la sécurité (monitoring de la criminalité, coordination politique de sécurité, harmonisation des textes des règlements communaux de police). Par contre, pour les missions de sécurité civile et l’élaboration des plans relatifs aux situations d’urgence, c’est un « haut fonctionnaire de la Région » qui intervient. (Source : CRISP 2018) »

Traduisez simplement : les choses et dispositifs se décident entre la Police bruxelloise, le Président de la Province et le Préfet. Ce n’est pas les USA certes mais rappelons-nous l’influence évidente américaine présente en Belgique, pour contribuer à sa reconstruction   économique et administrative après la deuxième guerre mondiale…

Les préfets régionaux ne sont pas pour autant devenus préfets de police. Paris conservera encore un certain temps ses spécificités. Certaines villes se sont déjà portées candidates pour inaugurer et tester cette nouvelle marche des choses mais il semble que la taille des demandeuses ou leurs « insécurités » ressenties ne seront pas les critères garantissant l’accès au statut de « ville-pilotes » aux villes candidates. Fiabilité, formation et efficacité sont bien sûr des éléments-clés. Mais nul ne pourra dormir sur ses réussites anciennes et encore moins demander des moyens nouveaux pour des projets 10 fois remâchés. Le lien évident, selon certains, pour que cette nouveauté s’installe dans les esprits et les usages, est bien sûr notre charge commune et continuelle : le public des usagers. Et là, l’exemple américain effraie parfois les professionnels français.

En effet, que se passerait-t-il si, demain, les populations notaient les policiers et que cette notation soit de droit ou politiquement accompagné de conséquences pour les services de sécurité notés ?

Allons-nous « élire », après-demain, nos futurs responsables terrain de police comme on élit un shérif aux USA ?

En conclusion : des changements majeurs s’annoncent pour nos métiers et ceux qui les côtoient professionnellement. De là, comme toujours, les esprits administratifs et managériaux s’agitent puis se mobilisent. Ces esprits détiennent les leviers. Soyez attentifs aux conséquences pratiques de ces changements. Elles risquent de redéfinir votre rôle et relation aux clients territoriaux puisqu’elles les toucheront plus que n’importe qui d’autre.

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